Tu as juste l'impression que tu porte la haine humaine sur ton dos. Misérable dos. Que quelque chose te pince, là, entre les poumons et le c½ur, il est comprimé. Pauvre c½ur. Tes muscles sont tendus, tu le vois à côté de toi. Tu sais que cette occasion ne se représentera pas. Tu sais que l'on te détestera pour ça. Tu sais que tu va te détruire dans exactement dix minutes, espèce de petite conne. Et pourtant tu continue. Tu le regarde discrètement marcher à tes côtés, ses lèvres bougent, il te parle. Tu t'entends répondre sans saisir le but de la conversation. Ses yeux glissent vers toi, parfois. Ils sont vert. Ou bleu. Ca dépends du temps qu'il fait. Dans ta tête, l'androïde paranoïaque de Radiohead martelle ses notes. Tu as l'impression que c'est le dernier jour de ta vie. Et ta main frôle la sienne pendant que vous marchez, et sa main attrape la tienne juste quelques secondes. Et tu l'embrasse. En plein milieu d'une phrase. Il te rends son baiser. Tout ça te hantera encore longtemps. Des semaines, des mois peut être. Vos deux souffles qui se mêlent et ses lèvres dans ton cou. Les dernières notes de ta vie. Ses caresses dans ton dos, l'herbe et les mots d'amour qu'il te soufflait. Tu saura après que c'était du mensonge, tout ça. Et t'essaiera de te dégoûter de lui pour ménager ton pauvre petit c½ur brisé. Mais en attendant vous repartez. T'encaisse. Et immédiatement...tu te sens trahie. Tu le vois sur son visage. Immobile. Il regrette. Alors toi aussi. Et il regarde le sol. Et tu ferme les yeux. Et tu dis "non". Et tu l'aime en silence. Et tu souris, petite conne. Avec ton sourire qui hurle la douleur.